vendredi 25 décembre 2015

ARCHIPEL DE LA SOCIÉTÉ : les Iles Sous Le Vent




Vendredi 30 octobre 2015

Nous avons quittez Moorea hier en fin d’après-midi. Après une nuit sous grand-voile haute et genaker tout neuf, le soleil se lève quand le vent va se coucher. 

Un moteur est en marche pour me faire avancer sur une mer de monoï.


Il est 11 heures. Nous sommes par le travers de la Pointe Tiva à l’extrême sud de Huahine. 
Le vent est toujours inférieur à 5 nœuds : voile et vapeur.


Nous longeons l’extérieur de la barrière de corail à une vitesse idéale pour qu’un thazard maquereau se laisse prendre. Les pieds d’un humain adulte donnent l’échelle. 

Quant à la peinture du fond du cockpit, c’est vrai qu’il faudra faire quelque chose.





HUAHINE



Un peu après midi et demi, nous entrons dans le lagon par la Passe d’Avapehi. 

Le temps est calme et il y a de belles déferlantes ; j’imagine que par mer formée, les équipages sont dans leurs petites bottes.




Quelques miles de navigation dans le lagon …




… pour admirer le paysage … 



… et nous arrivons au mouillage de Fare. Les coffres mis à disposition des bateaux de passage sont déjà tous occupés.


Le capitaine mouille mon ancre devant le Huahine Yacht Club, par plus de 20 mètres de fond. 

En fait, ce n’est pas un club de yachtman … 
… mais un bar – restaurant avec un ponton pour les annexes. 

Le hasard faisant bien les choses, nous arrivons juste pour les festivités de la 24ème édition de la Hawaiki Nui Va’a : une course de pirogue V6. 

Ce soir il y a un orchestre au Huahine Yacht Club. Ils se produiront tous les soirs.

Le Tahiti Nui est repeint de frais. Il fait de nombreuses rotations pour acheminer compétiteurs et spectateurs de la Hawaiki Nui. 
Je crois qu’il fait parti de la fête, c'est pour celà qu'il s'est mis en beauté.

Quand il part, il me rase les étraves. 

Pour que je le remarque ou mon capitaine m’aurait mouillé dans le chenal ?



Que ce soit devant le village où dans le lagon, de nombreux bateaux sont déjà arrivés pour suivre la course et/ou participer aux festivités.


Le village de Fare se pare de branches de cocotier et de fleurs : une fête ne saurait se passer de signes extérieurs de beauté.


Les marchands de fruits et de légumes, eux aussi en fleurs, tournent le dos aux clients. Il est plus important de chanter que de vendre.


Des tentes sont installées sur le quai pour satisfaire à la hausse de la demande en nourritures et boissons.



La marchande de poissons n’a, semble-t-il, rien changé à l’agencement de son magasin.
Une goélette débarque les 107 va’a V6 qui couvraient son pont sur deux couches. 
73 va’a sont pour les seniors hommes, 10 vétérans hommes, 9 juniors garçons, 13 dames et 2 pour les vétérans femmes.


Chaque va’a est pesé. 
Le jaugeur, comme beaucoup de jaugeur, a une barbe blanche  bien taillée.

La course est précédée d’un concours de pêche. Ils sont nombreux à avoir fait le déplacement des îles voisines. 

Il ne fait pas bon être poisson en Polynésie quand il y a fête.



Parti le matin à l’aube, les pêcheurs rentrent en milieu d’après-midi avec le butin.



Les prises sont débarquées …


… clairement identifiées sous l’œil attentif des juges et du public …



… puis pesées pour désigner le vainqueur. Il faut de solides gaillards pour les manutentions.


Pendant que population et autorités civiles et militaires regardent les poissons, des pirates attaquent le navire de la Police Maritime de la République Française !


La vigilance des gendarmes de garde a sans doute été déjouée par quelques ruses. 

Un premier monte à bord et comme il n’y a pas de réaction du côté des militaires …


… il est suivi par un second.


Puis c’est toute une horde de hardis pirates qui prend le contrôle de la page avant. 

De toute façon, avec tous les bateaux qui sont à couple, ce navire ne peut pas prendre la mer. 
Les assaillants l’utilisent comme plongeoir. Les cris et les rires durent toute l’après-midi.
J’ai un moteur qui ne fait aucun bruit quand le capitaine lui donne l’ordre de tourner. Le démarreur est démonté, confié à Yannick, un architecte nantais vivant ici depuis 25 ans. Il connait quelqu’un qui … 
Le lendemain, le démarreur est de retour et remis à poste. Le moteur obéit à la première injonction. C’est le miracle de Huahine.



Mercredi 4 novembre


Branle-bas de combat à 6 heures du matin. Tout s’agite autour de moi.
C’est le départ de la course. 
Yves réalise que je suis très proche du parcours quand les va’a approchent. Et ils arrivent par dizaines. 
Les gendarmes maritimes nous donnent l’injonction de dégager. J’ai 80 mètres de chaîne dans l’eau. Le capitaine refuse d’obtempérer à cet ordre tardif des autorités compétentes et …


…  manœuvre avec mes moteurs pour me faire pivoter. Je sors de la trajectoire des va’a lancés à pleine vitesse …


… ils me frôlent …


… puis continuent vers la passe où les bateaux suiveurs les attendent à l’extérieur du lagon.
 
Ces garçons vont tenir la cadence pendant 44.5 kilomètres et le premier arrivera en 3h32mn. Les jours suivant, 26 puis 58 kilomètres les attendent. Chapeaux bas : les skifs de Cambridge ne parcourent pas de telles distances en haute mer.




Ils sont 432 hommes (6 par bateau) à passer le long de mes coques sans me toucher. Les femmes, les vétérans et les juniors partent plus tard sur un autre parcours.


Ils vont à Raiatea, puis Taha’a et Bora Bora. 
Nous allons faire le même parcours mais à un autre rythme. 

Un peu avant 9 heures, nous quittons le mouillage. 

Le vent est absent mais la pluie a cessé. C’est au moteur que nous faisons route vers Raiatea.





RAIATEA



A 12h30, nous franchissons la passe de Tea Vamoa, au sud-est de l’île de Raiatea. La pluie recommence à tomber : c’est la saison.

Des pêcheurs ont construit des abris sur quelques motus dans le lagon. C’est un investissement modeste, peut-être en prévision de la montée du niveau des océans ?


Guy et Yves cherchent vainement le Marae Taputapuatea sans le trouver. 

Après une navigation dans le lagon et un bref contact d’une de mes dérives avec le fond de la baie d’Opoa …



… ils me mouillent tout au fond de la baie de Faaroa. La pluie continue de tomber.


Guy ira voir le Marae Taputapuatea en scooter. Je m’incline : en tant que moyen d’exploration, le scooter est supérieur au catamaran.



Grand calme dans cette campagne insulaire.



Ici, les pirogues servent à la pêche, pas à la course.




L’équipage débarque pour se dégourdir les jambes …


… et voir le jardin botanique. Un guide de 8 ans qui leur raconte sa vie et celle de sa famille.




Partout, il y a des fleurs,





Des fleurs,



Et encore des fleurs.

Retour à bord. 



La pluie cesse et à midi, départ pour une nouvelle navigation dans le lagon sous foc seul. J’y prends gout : c’est reposant et j’avance bien.


Les dangers sont bien balisés dans ces lagons où beaucoup de bateaux naviguent.

Un danger pour bateaux peut se transformer en danger pour le marin s’il fait escale. 

Mon équipage n’a pas écouté l’appel de la sirène Hinano : nous nous éloignons de ce lieu potentiellement de débauche.




Mouillage à Motutiafai. «  Yves, on va à terre ? »


« Bien sûr Guy » : tenue de sortie n° 2.

A terre, une surprise : Tamata le dernier bateau de feu Bernard Moitessier. 

Sans son capitaine, retournera-t-il à l’eau un jour ?



Il y a un grand hôtel entouré de cocotiers. 



Ils sont exploités pour faire le copra. 

Dur labeur de manutention sous le soleil.



Partout, il y a des fleurs,




Des fleurs,




Et encore des fleurs.


Le dimanche 8 novembre, nous reprenons la mer, enfin le lagon, pour rejoindre Taha’a. Les deux îles de Taha’a et de  Raiatea font lagon commun.


C’est donc une navigation dans un chenal balisé, à l’abri des vagues, une navigation dominicale.






TAHA’A 





En très peu de temps, nous longeons les côtes de Taha’a. Si vous avez beaucoup de A à placer au scrabble, c’est île est une mine.


La grand-voile reste dans son lazybag, navigation sous foc … comme un dimanche bien entendu.



En toile de fond, Bora Bora est visible au bout de mon tangon, comme une carotte au bout d’un bâton.



Une heure et demie après avoir quitté Raiatea, nous entrons en baie de Tapuamu …

… et nous prenons un coffre communal. Par ici, les collectivités locales s’occupent bien de nous autres voiliers de passage. Ma belle ancre toute neuve reste à poste sur la poutre et ne laboure pas le fond de la baie.




A terre règne une tranquillité rurale ou les bêtes en liberté …



… participent à l’entretien de l’environnement. 



Les pirogues, carènes au-dessus de l’eau font sans doute des rêves de navigation sur foils.


Le Marae Vairaamatai, dieu du Vent. 

Il possède son palmier qui lui fait une girouette / anémomètre.



La différence entre ici et Papeete, c’est qu’il y a de la place à l’ombre sur le banc.



De l’autre côté du lagon, il y a la barrière de corail et le motu Tautau qui support un grand hôtel sur pilotis bien sûr.


Nous avons fait la traversé pour mouiller au bord des eaux turquoise des motu voisins, Motu Maharare et Motu Motuea (la réserve de "A" diminue).

Bora Bora est toujours visible au même endroit tout au fond.

Les îles naviguent très peu  et ne chassent pas sur leurs ancres … à moins qu’elles ne reposent au fond ?

L’équipage a pris l’annexe pour un peu de snorkeling. 
Ils n’ont pas trouvé le bon spot semble-t-il. 
Retour dans la baie de Tapuamu : le mouillage dans le lagon est agité.


Lendemain matin, à l’heure où brûlent les herbes dans les collines, nous partons pour Bora Bora.

Nous sommes suivis, doublés puis devancés par le Taporo VII, frère jumeau des autres « Taporo »  rencontrés aux Marquises et aux Tuamotu. 

Je franchi la passe de Paipai à sa suite.


Vaha’a est dans le sillage. 

Le lagon se reflète dans les nuages avec des couleurs étonnantes, du rose au bleu.

Au loin, l’île de Maupiti émerge de l’horizon. 
Au-dessus d’elle, les nuages sont bleutés.







BORA BORA 




Nous abordons Bora Bora par le sud. 
Ici, pas le choix il n’y a qu’une passe pour pénétrer dans son lagon.

La passe Teavanui est franchie un peu avant 13 heures. 

Beaucoup de motus de taille respectable ceinturent l’île principale : ici le Motu Ahuna.  


Après un tour des deux "yacht club", nous prenons une bouée près de la Pointe Farepiti.

Bora Bora est une destination connue autant que Tahiti. 
Les navires de croisières de tout type et de toute taille y font escale dans le vaste lagon, face au village de Vaitape.


De la terrasse du bar du yacht club, Guy et Yves peuvent m’admirer en même temps qu’ils admirent le coucher du soleil sur la rade.


Bora Bora est une île de Polynésie : les maisons se cachent derrière les arbres et les plantes en fleurs.
Vous voulez encore des photos de fleurs ?


Les pics du Mont Pahia et du Mont Otemon que nous apercevions depuis Huahine sont maintenant à portée d’un grimpeur courageux.

Mais plutôt que de suer sur les pentes montagneuses, mon équipage est plongé dans la lecture de l’œuvre littéraire d’Alain Gerbault, un des pionniers du voyage autour du monde à la voile en solitaire pour le plaisir.

Le Firecrest, puis l’Alain Gerbault sont passés par ici dans les années 1930 / 1940 avant d’aller couler l’un en manche près des îles anglo-normandes, l’autre sans doute à Dili, île de Timor.


Le corps d’Alain Gerbault, après avoir été inhumé à Dili, est rapatrié à Bora Bora à bord du Dumont d’Urville. 



Voilà l’Aranui III qui passe par ici. 


Le lagon est grand : je ne suis pas certain qu’il m’ait vu. En tout cas, il ne m’a pas salué au passage.


Il arrive directement des Marquises avec, entre autres, citrons et pamplemousses. 


Les ventes se font au quai, directement à partir de la chaloupe. 


Ici, ces fruits-là ne poussent pas, à cause d’une sorcellerie parait-il. 

L’arbre à pain poussent sans problème et un « uru » cuit directement sur le brûleur, à la tahitienne.


Guy rentre en France métropolitaine. Il prend un bateau pour aller à l’aéroport : les Américains, pendant la guerre du Pacifique, ont construit la piste sur un motu. C’est en catamaran que les voyageurs vont prendre l’avion. 



Ensuite, l'avion fait le malin : il entre et il sort des lagons sans prendre les passes.


Mercredi 18 novembre à 11h30

Carènes propres, vivres et formalités effectuées, je franchi la passe et prend le large .
Bora Bora s’éloigne dans mes sillages. Cinq mois en Polynésie Française, coin du monde isolé par la mer, privilégié par la nature et dont tout une partie de la population sait garder son identité. 
Le sourire pour accueillir le marin de passage est toujours de mise. 

Nous mettons cap à l’ouest : le Royaume des Tonga est à 1300 miles devant les étraves.



Nana Polynésie


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